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À PROPOS :

Mon travail s’inspire de l’environnement dans lequel il évolue et puise dans le monde extérieur pour se constituer. Il se déploie dans des espaces périphériques — ateliers, appels à projets, contextes variés — où la connaissance et le dialogue sont essentiels, car il cherche à faire émerger des zones d’indiscernabilité.

Ma pratique se situe dans un champ expérimental de la matière, du geste et du matériau. Elle naît de la confrontation d’un savoir modeste, de gestes simples et de matières glanées. De ces rencontres surgissent des connaissances empiriques qui s’agencent en schémas productifs.

Ce glanage ne se limite pas au domaine physique : il englobe tout ce qui peut enrichir la sculpture. Je distingue ainsi la matière du matériau ; le matériau se compose de formes, de signes, d’histoires, de photographies, d’objets. Cette approche relève d’une pensée matérialiste, presque alchimiste, où gestes et matériaux s’expriment par eux-mêmes, dans un monde régi par les états de la matière et leurs innombrables transformations. Je m’y pense moins comme auteur que comme investigateur.

Chaque production n’est qu’un état transitoire, un témoin ou un artefact d’un monde à la fois étranger et familier. Les pièces forment une boucle de rétroaction : les résultats d’un processus deviennent le point de départ du suivant, complexifiant la recherche et démultipliant les formes, selon un principe proche de la cybernétique. La répétition d’un même geste, nourrie de nouveaux apports, entraîne des évolutions et des mutations : tout, d’un fragment désuet à une photographie de mode, peut alimenter la genèse mutatoire de la prochaine sculpture.

Les êtres et objets étranges qui apparaissent semblent venir d’un autre monde, mais obéissent à un même axiome : une volonté de « faire‑monde » lorsqu’ils rencontrent un espace donné. Chaque rencontre entre les sculptures et un lieu crée un écosystème : les pièces y dialoguent, révèlent leurs relations symbiotiques et leurs interactions vitales, dans une logique proche de l’installation environnementale. Argiles, plâtres et autres matières composent alors une forêt de signes, comme surgie des abysses d’un monde inconnu. Même ces environnements, semblables à des vestiges préhistoriques figés dans le silence, sont appelés à disparaître pour laisser place à leurs successeurs. Si une cosmogonie se dessine, elle reste fragmentaire : ces sculptures apparaissent comme des reliques d’un monde jamais advenu, des artefacts projetés depuis une réalité alternative.